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Autopartage : Pistes pour rendre viable un projet dans une agglomération de taille moyenne

A partir de l’exemple d’une agglomération de 100 000 habitants environ (Angoulême)

samedi 11 février 2012, par Amaury Ruillère.

L’autopartage est une idée simple. Il s’agit de mettre en commun un véhicule. La démarche la plus connue est la gestion d’un parc de véhicules "en pool" dans un milieu professionnel plutôt que des véhicules affectés à des personnes ou des services. Une démarche moins évidente est celle qui concerne uniquement des particuliers.

Pool auto dans le milieu professionnel

Le développement d’outils faciles d’accès, fiables et de moins en moins coûteux permet aujourd’hui de remplacer un pool auto géré "manuellement" par des systèmes informatisés. L’aboutissement de cette démarche est l’installation dans le véhicule d’un ordinateur de bord capable de permettre ou non l’accès au véhicule, transmettre les informations concernant l’utilisation et ainsi générer automatiquement des rapports facilitant l’entretien du parc.

L’installation de tels systèmes a permis également le développement d’une utilisation partagée avec les salariés. Puisque le système permet d’identifier clairement les déplacements, il est tout à fait possible pour l’entreprise de proposer à la location de ses salariés les véhicules en dehors du temps de travail. Elle récupère ainsi des recettes alors que les salariés qui le souhaitent peuvent accéder à un véhicule parce qu’ils n’en ont pas ou encore parce qu’il n’en ont pas de ce type.

L’enjeu pour l’entreprise est d’avoir la flotte correspondant à ses besoins tout en l’optimisant afin de limiter le plus possible l’impact financier.

Partage de véhicule(s) chez les particuliers

Dans une famille, on pratique fréquemment de l’autopartage sans le savoir ! C’est souvent le cas dans celles où les enfants sont majeurs et ont le permis de conduire.

Particulièrement dans les environnements urbains, certains citoyens ont décidé il y a quelques années de partager des véhicules entre familles ! La vie urbaine permet généralement, grâce à la densité, d’avoir des commerces de proximité accessibles à pieds ou à vélos et des transports collectifs efficaces ou, en tout cas, concurrentiels à la voiture, le nombre de véhicules étant important, la circulation souvent ralentie et le stationnement difficile à trouver. Les urbains sont donc, même sans sympathies écologistes, plus largement adeptes des alternatives à la voiture que les autres.

Certains ont remarqué qu’ils se servaient d’un véhicule moins d’une fois par semaine. La location classique pouvait répondre à leurs besoins lorsqu’il s’agissait de partir en weekend mais elle possédait un inconvénient : les contraintes. Il fallait que les agences soient ouvertes à réception du véhicule, au retour, voire les deux. Il fallait parfois faire les démarches à chaque location. Enfin, les offres ne permettaient pas de répondre à des besoins de courte durée (course exceptionnelle dans un magasin de meubles en kit...). Posséder un véhicule pour éviter ces contraintes était trop onéreux. Des associations ont alors été créées. Elles sont généralement devenues depuis des Sociétés Coopératives d’Intérêt Collectif, statut qui permet d’obtenir des participations des collectivités ou des entreprises en conservant l’esprit d’origine.

Aujourd’hui, d’autres systèmes se développent à travers la mise en relation de particuliers. Tout comme le covoiturage, vous pouvez vous inscrire sur des sites et mettre en location à certains moments ou, à l’inverse, louer un véhicules. Ces systèmes fonctionnent avec ou sans installation de dispositifs dans le véhicule.

Développement de l’autopartage dans une ville moyenne de 100 000 habitants environ

Dans une agglomération de 100 000 habitants environ qui n’est pas proche d’une agglomération de taille supérieure, les initiatives privées d’autopartage n’existent généralement pas. Les territoires de ce type ne bénéficient pas non plus, a fortiori, de l’extension du réseau d’une grande agglomération à proximité (exemple d’extensions : agglomérations savoyardes, languedociennes-roussillonnaises ou alsaciennes). Dès lors, l’initiative peut être publique.

Une étude menée en Poitou-Charentes en 2006 a montré qu’un système d’autopartage viable pour les agglomérations régionales devait reposer sur un usage important des collectivités/administrations, des entreprises et, dans une moindre mesure, des particuliers. On observe généralement dans les services issus des citoyens une part de 20% de professionnels. L’étude citée montrait que la proportion devait être inversée. En quelque sorte, il fallait concevoir un service qui soit avant tout une mutualisation de pools autos entre collectivités/administrations qui entraineraient dans leur sillage des entreprises et permettraient aux particuliers de profiter du service. En effet, les besoins sont généralement complémentaires : plutôt la journée et en semaine pour les premiers et les soirs et weekends pour les seconds.

Cette démarche a été initiée à une certaine échelle à Narbonne. Un groupement de commande de gestion du pool auto mutualisé de la communauté d’agglomération, de la ville et du CCAS a été passé. Rien ne s’oppose désormais à ce que le service soit ouvert au grand public !

La réussite de l’autopartage dans une agglomération de 100 000 habitants passe donc par l’investissement des collectivités/administrations et la persuasion des entreprises. Un frein peut être la peur de ne pas avoir de véhicules disponibles au moment où on en a besoin. On peut alors imaginer des abonnements incluant la garantie de disposer d’un véhicule sur une plage horaire (ex. du lundi au vendredi, de 9h à 19h)...

Autopartage et mobilité sociale

L’existence d’un système d’autopartage est une opportunité pour la mise en place de démarches favorisant la mobilité sociale. En effet, promouvoir les alternatives à la voiture est une responsabilité, notamment légale (cf. objectifs d’un PDU selon la Loi) mais certains déplacements ne peuvent se faire autrement (on pense notamment aux horaires où les réseaux de transport en commun ne fonctionnent pas ou aux secteurs difficilement desservables de part leur faible densité). L’accès à l’emploi ou encore à la culture sont des facteurs d’insertion et "l’immobilité subie" est un frein important. Un service d’autopartage devient alors un outil au service des populations "sous-mobiles".

Il est cependant nécessaire de travailler en amont afin de permettre l’accès au permis de conduire et préparer l’organisation assurant la gestion des parcours. L’accès à des tarifs privilégiés peut se faire lorsqu’un besoin est identifié. C’est au niveau des spécialistes (Pôle Emploi, Mission Locale, travailleurs sociaux...) que le besoin peut être identifié. Ce sont donc les personnes qui assurent l’accompagnement qui peuvent être le relais du service, informer de son existence, expliquer sont fonctionnement...

Un service d’autopartage qui se donnerait une vocation sociale devrait donc s’assurer :

  • d’avoir un dispositif permettant l’accès au permis de conduire (auto-école sociale ?)
  • d’avoir des relais pour l’interface entre le gestionnaire du service et les personnes pouvant y avoir besoin
  • de gérer les aspects économiques/de gestion (caution, paiement par prélèvement...)

Conclusion

L’autopartage est un complément intéressant aux modes de déplacements (transports collectifs, vélo, marche...). Il ouvre la possibilité de réaliser certains déplacements impossibles autrement. A ce titre, il peut avoir une vocation de service public.

Son développement peut être spontané mais dans certaines agglomérations de taille moyenne qui ne sont pas sous l’influence directe d’autres territoires équipés, l’initiative publique devra intervenir. Une logique en plusieurs étapes semble alors nécessaire :

  • 1er cercle : Mutualiser les pools des collectivités
  • 2e cercle : Recueillir l’adhésion des entreprises
  • 3e cercle : Ouvrir au grand public
    La démarche peut se faire de façon incrémentale ou globale. La part de risque est à évaluer au cas par cas.

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